La vie politique à Bordeaux

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La vie politique locale bordelaise au cours du 20e siècle se caractérise par la longévité des figures emblématiques politiques qui se sont maintenues au pouvoir. En effet, en un siècle, Bordeaux a connu la direction de seulement huit maires. Le Bordeaux d’aujourd’hui conserve la mémoire de leurs décisions. Urbaines, économiques, politiques ou sociales.

En 1925, le député de la SFIO Adrien Marquet réussit à prendre la ville de Bordeaux, acquise depuis longtemps à la droite. Il va ainsi s’assurer la sympathie de l’électorat de gauche. Il va transformer la ville, auparavant ouvrière, par une politique de transformation sociale, de construction et de modernisation des équipements. A côté d’améliorations urbaines comme la réfection des égout et de l’éclairage public et la macadamisation des rues, cette période de renouveau s’illustre par différents bâtiments à travers la ville : la Bourse du travail, la piscine Judaïque, le stade Lescure (rebaptisé depuis, stade Chaban-Delmas). Il aménage également les quais et le port autonome, en cette période de forte croissance économique, commerciale et industrielle, basée sur les usines métallurgiques et chimiques. La politique de communication qu’il met en place, à l’aide d’affiches, de brochures et de films, fait de lui un précurseur dans ce domaine. Il sera pourtant reproché à Marquet une dérive autoritariste, une tendance à favoriser ses intérêts personnels. En 1935, il fonde un parti dit néo-socialiste . Pendant la Seconde Guerre mondiale, il défend les intérêts de Bordeaux dans le contexte de l’occupation allemande, en empêchant les Allemands de piller le tramway bordelais. A la libération, il négocie l’évacuation des troupes allemandes sans destructions ; mais il est très vite arrêté et jugé, en 1947-1948, coupable d’indignité nationale (accusation touchant tous les hommes politiques ayant participé à un gouvernement sous le régime de Vichy). Cette condamnation l’empêchera d’être réélu maire de Bordeaux en 1954 face au maire sortant Jacques Chaban-Delmas . Pendant trois ans, Jean-Fernand Audeguil , membre de la SFIO, va assurer l’intérim. Le 10 juillet 1940, il vote contre les pleins pouvoirs du Maréchal Pétain, se fait radié de l’Education nationale par Vichy et rejoint la Résistance. En 1944, il devient président de la délégation municipale spéciale, c’est à dire maire par intérim. Il sera maire de Bordeaux jusqu’en 1947, année de la victoire électorale de Chaban-Delmas.

L’ère Chaban

S’ouvre alors une longue et célèbre page de l’histoire politique bordelaise : le « règne » de Chaban-Delmas entre 1947 et 1995, surnommé « duc d’Aquitaine » : en quelques mots, un ancien résistant, trois fois président de l’Assemblée Nationale, Premier Ministre et fidèle collaborateur du Général de Gaulle (1969-1972). Son objectif est d’industrialiser la ville, en se basant sur l’aéronautique et le secteur spatial, à l’image de Toulouse, tandis que l’agro-alimentaire et les chantiers navals connaissent un déclin. Plus tard, les industries du secteur chimique, pharmaceutique, électronique et automobile seront à leur tour développés. Chaban-Delmas va également moderniser Bordeaux , en réponse à l’insalubrité de nombreux logements. Plusieurs cités, comme Claveau, au Nord de l’agglomération bordelaise, sont construites. Les années 1960 sont marquées par une politique de grands travaux : la construction du domaine universitaire, du centre hospitalier universitaire (CHU), des tours de la cité administrative, du Lac artificiel creusé au cœur des zones marécageuses du nord et du Parc des Expositions . Un pan de son projet est la construction de deux nouveaux ponts pour traverser la Garonne : le pont Saint Jean et le spectaculaire Pont d’Aquitaine . Enfin, un projet d’architecture moderne nécessite la démolition complète du quartier Mériadeck pour la construction d’une zone assez conceptuelle. En 1964, Bordeaux acquiert le statut de « métropole d’équilibre » et se dote de structures administratives et économiques qui participent aux décisions régionales. C’est également sous Chaban-Delmas que 27 communes se regroupent pour former la Communauté urbaine de Bordeaux (la CUB), dans le cadre des évolutions incessantes du « millefeuilles » territorial français. Outre la modernisation économique et urbaine, la ville a également connu une politique culturelle d’avant-garde avec des festivals comme le Mai musical ou la semaine de Sigma, qui permet d’exporter le nom de Bordeaux au-delà d’une échelle strictement locale. La ville devient étudiante et le campus est déplacé en périphérie, sur les communes de Talence et Pessac. Enfin, sur le plan des transports, Bordeaux est relié à l’axe du TGV en 1990 et s’entoure d’une rocade, achevée en 1993 et complétée par le pont François Mitterrand sur la Garonne. Avec le recul, le long mandat de Chaban-Delmas a permit d’observer les effets de la conjoncture française dans la seconde moitié du 20e siècle, sur un même territoire et dans la continuité d’une politique unique. En 1995, il est pourtant clair que Bordeaux est restée la « belle endormie ».

En 1995 Alain Juppé devient maire et va tout de suite contraster avec la relative inaction de Chaban-Delmas, à la fin de son mandat, en lançant une politique de rénovation urbaine générale. En 2004, déclaré inéligible, il se retire de ses fonctions parlementaires, municipales et partisanes ; il est donc remplacé par son adjoint Hugues Martin à la mairie, tandis que la CUB passe à gauche, avec le socialiste Alain Rousset (Président de la région Aquitaine). En août 2006, à son retour du Québec, Juppé annonce son intention de réintégrer la vie politique en se présentant aux élections municipales bordelaises ; la majorité UMP-UDF du conseil municipal démissionne dans la foulée, imposant l’organisation d’une élection municipale anticipée qui rétablit, en octobre, Juppé à la mairie, avec 56,2% des voix. Il fait à nouveau campagne aux élections municipales de mars 2008, et est reconduit dès le premier tour, avec 56,6% des votes, face à Alain Rousset (cette campagne électorale a été qualifiée d’affrontement des « deux Alain », entre deux hommes aux caractères prononcés et à la popularité reconnue). Au tableau des réussites de Juppé en tant que maire, il affiche deux réalisations emblématiques. Tout d’abord, la construction et la mise en service du tramway (en décembre 2003), optant pour une alimentation électrique par le sol, qui fut la cause de pannes en série pendant les premières années de fonctionnement. Ensuite, la réhabilitation des quais, selon un projet mené entre 2000 et 2009, en collaboration avec la CUB, qui a permis de « réconcilier les Bordelais avec leur fleuve », objectif majeur de cette opération. En revanche, certaines mesures prises ont suscité de nombreuses critiques : un arrêt contre l’occupation prolongée des rues par les SDF (cet arrêt a été annulé par la cour administrative d’appel), l’attribution de l’église Saint-Eloi en centre-ville à des catholiques intégristes, l’accueil à Bordeaux de Vladimir Poutine dans des conditions fastes et opulentes, une subvention versée à Johnny Hallyday pour une de concerts dans la ville, et l’expulsion des populations modestes hors des zones vouées aux projets de rénovation urbaine. L’affaire du « village andalou » a également agité la ville : la mairie louait à des familles gitanes le droit de vivre dans une ancienne décharge restée insalubre, là où les habitants ont contracté une infection de saturnisme. En résumé, la politique menée par Juppé a transformé et embellit la ville, au détriment des populations à faibles revenus ; les prix du centre-ville de Bordeaux sont de moins en moins abordables, ce qui donne à la ville l’image d’un « ghetto doré », encore plus depuis son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2007. Il faut néanmoins souligner le réveil de la « belle endormie » sous le mandat d’Alain Juppé et une certaine fierté retrouvée par les habitants devant la modernisation de leur ville. La liste des maires de Bordeaux, depuis le 19e siècle jusqu’à aujourd’hui, a été gravée dans une plaque posée au sol de la place Pey Berland, à proximité de l’Hôtel de Ville. En février 2019 Alain Juppé quitte la mairie de Bordeaux pour le conseil constitutionnel et est remplacé par son adjoint Nicolas Florian jusqu’au dernier bulletin de 2020. La mairie a effectivement changé de couleur pour laisser place à Pierre Hurmic le nouveau maire écologiste de Bordeaux.

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